L’évolution négative des exportations de matériel de guerre s’est poursuivie au cours de l’année écoulée. Après avoir chuté de 27% en 2023, elles ont encore baissé de 5% en 2024, comme le montrent les chiffres du Secrétariat d’État à l’économie. Ces reculs contrastent fortement avec la croissance massive des dépenses militaires dans le monde.
Swissmem part du principe que ces chiffres ne sont que la pointe de l’iceberg. Les exportations de l’année dernière concernent en majorité des commandes qui avaient été passées avant le durcissement des règles d’exportation pour le matériel de guerre en octobre 2021. Depuis, la Suisse et, de ce fait, l’industrie suisse de l’armement ont perdu leur statut de partenaire fiable. L’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas ont explicitement rayé les entreprises suisses de leur liste de fournisseurs potentiels. Par le passé, ces pays avaient parfois absorbé jusqu’à plus de 40% des exportations d’armement suisses. Depuis, les commandes de nombreuses entreprises se sont effondrées, ce qui apparaîtra seulement dans les chiffres d’exportation des années à venir, du fait que les projets durent souvent plusieurs années.
La perte de confiance envers la Suisse se répercute toujours plus sur les entreprises de l’industrie de l’armement suisse. Elles sont confrontées à des difficultés économiques ou délocalisent une partie de la production à l’étranger : Safran Vectronix, un fabricant d’appareils de mesure de distance et de vision nocturne, a dû introduire le chômage partiel. Swiss P Defence, qui produit des munitions de petits calibres, a récemment licencié 22 collaboratrices et collaborateurs. B&T AG, qui produit quant à elle des armes de petits calibres, a été contrainte d’ouvrir une filiale en Allemagne pour pouvoir continuer à fournir l’armée allemande. GDELS-Mowag, le producteur de véhicules blindés à roues, doit créer davantage de valeur ajoutée dans le pays du client, ce qui coûte des emplois en Suisse. Et Carbomill a dû céder du savoir-faire technologique aux concurrents étrangers. Ses produits sont désormais fabriqués et livrés dans ces pays.
Ces exemples montrent que les dispositions en vigueur en matière d’exportation chassent littéralement de Suisse les entreprises de l’industrie de l’armement. La Suisse perd ainsi un précieux savoir-faire technologique. C’est la raison pour laquelle les dispositions relatives à l’exportation dans la loi sur le matériel de guerre (LFMG) doivent être rapidement adaptées. Dans le cas contraire, l’industrie de l’armement en Suisse ne survivra pas du point de vue économique. Or, sans industrie de l’armement, les systèmes de l’armée suisse ne peuvent pas être maintenus opérationnels. La sécurité de la Suisse est donc en danger.